Coco Téxèdre nous présente ses moutons de Panurge.

Il s’agit d’une procession de couilles et attributs colorés, scarifiés, pachydermiques, truculents, dans une verve drôlatique et rabelaisienne.

Nous voici ramenés à la scansion, sinon à la transe, d’un cérémonial archaïque et primaire, celle de l’insurrection des corps et du désir, que
notre ère virtuelle élude. Nous voici pris à la démesure gargantuesque de cette cohorte qui parade à l’amble de ses appendices charnus,
tactiles, ligaturés, flamboyants, avec une dégaine déjantée de grosses bêtes génitrices et généreuses.

Moutons de Panurge ?
Si l’on y réfléchit de plus près, Panurge n’est, dans l’œuvre de Rabelais, ni gigantesque, ni truculent, mais fluet, rusé, prudent en amour.
Et ses moutons, qui l’aident à tirer vengeance du marchand Dindenault, sont bien suivistes, et tout ce qu’il y a de castrés.
Il se peut que Coco Téxèdre exalte ou exulte une part du corps et de l’ardeur reléguée dans un monde moutonnier, policé, bridé.
Elle scande la truculence première des textures, des couleurs, des bigarrures. Elle marque les emblèmes sexuels de sa troupe,
d’incisions et d’inscriptions, dans un rituel tapageur comme une exclamation de géants. Comme Rabelais, en bon vivant,
médecin, humaniste qu’il était, proclamait la transgression de vivre, face aux conformismes frileux et rétractés de son temps.

Coco Téxèdre travaille dans les caves retirées des coteaux de Seuilly, tout près de la Devinière, la maison de Rabelais.
Elle y œuvre, en ce retrait, dans le mystère d’une génitalité d’ombre. Elle nous invite au cérémonial d’une rencontre avec sa cohorte.
Elle y consacre cette alliance renouée avec les forces telluriques du corps. C’est sacral, sacrificiel, scarifié d’une incision de joie.
Elle nous emporte à sa procession, comme on irait à l’ouvert des aubades.

Suzanne Aurbach

Les moutons de Panurge- Installation de Coco Téxèdre
Abbaye de Noirlac – 2005
Troglodytes de Seuilly – 2005
Château prieural de Monsempron – Libos – 2007